Le matin qui a scelle le destin du Dahomey
La bataille de Dogba (19 septembre 1892) fut l'engagement d'ouverture de la Seconde guerre franco-dahomeenne. Le roi Behanzin lança une attaque a l'aube contre les positions francaises, esperant les submerger par la ferocite de ses guerrieres Mino. Mais le general Alfred Dodds avait bien prepare ...
Le village de Dogba, a quatre-vingts kilometres en amont de la cote, etait un lieu de faible importance strategique. Un groupe de maisons en banco a la frontiere entre le Dahomey et Porto-Novo, sans fortifications, sans tresor, sans valeur symbolique.
Le 19 septembre 1892, il devint le theatre d'une bataille qui decida du sort d'un royaume.
A cinq heures du matin, le camp francais de Dogba etait encore dans l'obscurite. Les sentinelles montaient la garde. Les soldats dormaient sous leurs tentes. La force d'invasion que le general Alfred Dodds avait assemblee en deux ans etait a trois jours de marche d'Abomey, et personne ne s'attendait a une attaque si loin de la capitale.
Ils avaient tort.
Le prelude : Deux ans de preparatifs
La Premiere guerre franco-dahomeenne de 1890 s'etait terminee par une treve fragile. Le roi Behanzin avait accepte les conditions francaises — reconnaissance de la souverainete francaise sur Cotonou, paiement d'une indemnite — mais aucun des deux camps ne considerait la paix comme permanente.
Behanzin utilisa les deux ans de treve pour se preparer. Il acheta des armes europeennes par l'intermediaire de marchands portugais. Il exerça son armee, y compris les guerrieres Mino qui avaient tant impressionne les Francais a Cotonou. Il fortifia l'approche d'Abomey.
La France aussi se prepara. La premiere guerre lui avait appris que Behanzin n'etait pas un souverain qui se soumettrait sans combattre. Le general Alfred-Amedee Dodds, un veterain des campagnes du Senegal, du Tonkin et du Fouta-Djalon, fut place au commandement. Il assembla une force de 2 164 soldats — Legion etrangere, marsouins, genie, artilleurs, spahis et tirailleurs senegalais — soutenue par 2 600 porteurs de Porto-Novo.
En aout 1892, l'invasion commença.
L'attaque a l'aube
Behanzin savait que les Francais arrivaient. Il decida de les rencontrer avant qu'ils n'atteignent Abomey — de combattre sur un terrain de son choix plutot que de defendre la capitale.
L'armee dahomeenne qui marcha sur Dogba etait enorme. Les estimations suggerent 8 000 a 10 000 soldats, dont environ 1 200 guerrieres Mino. Behanzin planifia une tactique dahomeenne classique : une attaque surprise a l'aube, avant que les Francais ne puissent former leurs lignes defensives.
A cinq heures du matin le 19 septembre, les forces dahomeennes frapperent.
L'attaque fut feroces. Les soldats dahomeens deferlerent dans le camp francais, tirant au fusil et brandissant des machettes. Les Mino, comme a Cotonou deux ans plus tot, menerent les charges avec un courage extraordinaire. Le camp francais fut plonge dans le chaos.
Mais ce n'etait plus 1890.
Pourquoi Dogba fut different
Le general Dodds avait retenu les lecons de la Premiere guerre franco-dahomeenne. La position francaise a Dogba etait fortifiee. Les fusils Lebel — des armes modernes a verrou avec une portee superieure aux mousquets utilises a Cotonou — furent distribues a chaque soldat. L'artillerie fut positionnee pour couvrir les approches du camp.
L'attaque dahomeenne, bien que courageuse, faisait face a une armee francaise preparee, bien armee et sous un commandement confiant.
Les forces dahomeennes chargèrent les lignes francaises a plusieurs reprises. Chaque fois, elles furent accueillies par des salves de fusils Lebel qui les fauchaient a distance. Les Mino, qui avaient perce les lignes francaises a Cotonou en 1890, ne trouverent aucune faiblesse ici. Les Francais tinrent leurs positions et tirerent methodiquement.
Apres trois a quatre heures de combat, Behanzin ordonna le repli.
Le cout fut devastateur. Les pertes francaises s'elevaient a cinq morts. Les pertes dahomeennes se comptaient par centaines. Cinq soldats francais tues ; des centaines des meilleurs guerriers du Dahomey morts. Le ratio etait catastrophique pour Behanzin.
Le tournant
La bataille de Dogba fut le tournant de la Seconde guerre franco-dahomeenne. Pour trois raisons.
D'abord, elle demontra que les Francais s'etaient adaptes. La guerre de 1890 avait ete une affaire serree. A Dogba, la puissance de feu et la discipline francaises submergerent le courage dahomeen. Les tactiques qui avaient fonctionne a Cotonou — charges massives, combat rapproche, choc psychologique — echouerent face aux defenses preparees de Dodds.
Ensuite, les pertes etaient insoutenables. Le Dahomey ne pouvait pas remplacer des centaines de soldats entraines en une seule bataille. Les Mino, en particulier, etaient irreplaçables. Behanzin avait passe deux ans a preparer son armee. A Dogba, il en perdit une fraction significative en un seul matin.
Enfin, la bataille brisa l'elan de la strategie de Behanzin. Il avait prevu de combattre les Francais a ses conditions, de ralentir leur progression, de les forcer a des batailles couteuses loin d'Abomey. Dogba montra que les Francais pouvaient vaincre son armee en bataille rangee. A partir de Dogba, Behanzin fut contraint a une strategie reactive — defendre, reculer, retarder.
Apres Dogba
Les Francais pousserent leur avantage apres Dogba. Dodds avança methodiquement, construisant des fortifications en cours de route, faisant remonter les provisions par le fleuve. L'armee dahomeenne mena des actions d'arriere-garde a Poguessa, a Adegon, a Akpa — autant de victoires francaises qui rapprochaient l'invasion d'Abomey.
Behanzin ne se releva jamais de Dogba. Son armee etait intacte mais diminuee. Sa strategie etait en ruines. Le royaume qui avait resiste a la France pendant trois ans, qui avait fait la guerre et survecu a une treve, se battait pour sa survie.
Dogba fut le commencement de la fin. La fin arriva trois mois plus tard, quand les forces francaises entrerent dans Abomey et que Behanzin s'enfuit vers le nord.
FAQ
Quand la bataille de Dogba a-t-elle eu lieu ?
La bataille de Dogba a eu lieu le 19 septembre 1892, pendant la Seconde guerre franco-dahomeenne.
Qui commandait les francais a Dogba ?
Le general Alfred-Amedee Dodds, un officier senegalo-francais, commandait la force d'invasion francaise.
Qui commandait l'armee dahomeenne a Dogba ?
Le roi Behanzin mena l'armee dahomeenne en personne, y compris ses elite guerrieres Mino.
Pourquoi Behanzin a-t-il attaque a Dogba ?
Behanzin choisit de rencontrer les Francais avant qu'ils n'atteignent Abomey, esperant les vaincre en bataille rangee sur un terrain de son choix.
Combien de personnes sont mortes a la bataille de Dogba ?
Les pertes francaises furent remarquablement legeres : cinq morts. Le Dahomey perdit des centaines de soldats, dont de nombreuses guerrieres Mino irreplaçables.
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