Visit Abomey
history2026-06-1511 min read

Le cameleon qui gouverna le Benin pendant 29 ans

Le 26 octobre 1972, le major Mathieu Kerekou s'empara du pouvoir au Dahomey, mettant fin a douze annees de chaos ponctue de coups d'Etat. Il proclama une revolution marxiste-leniniste, renomma le pays Republique populaire du Benin et governa pendant 29 ans. Son parcours, du marxiste intransigeant...

Le 26 octobre 1972, un major de 39 ans nomme Mathieu Kerekou entra dans le palais presidentiel de Porto-Novo et mit fin a une epoque. Le conseil presidentiel — la presidence tournante a trois hommes qui avait tente et echoue a stabiliser le Dahomey — fut dissout. La constitution fut suspendue. Kerekou annonca que l'armee prenait le controle.

C'etait le sixieme coup d'Etat en douze ans. La plupart des Dahomeens supposaient qu'il serait suivi d'un septieme, comme tous les precedents.

Ils avaient tort. Kerekou conserva le pouvoir pendant les vingt-neuf annees suivantes.

L'homme de Natitingou

Mathieu Kerekou est ne en 1933 a Natitingou, une ville des montagnes de l'Atakora dans le nord du Dahomey. Il venait d'une famille modeste — son pere etait soldat — et suivit son pere dans l'armee.

Kerekou se forma en France et au Senegal, servit dans l'armee coloniale francaise et retourna au Dahomey a l'independance. Il gravit les echelons de la nouvelle armee nationale, servant comme lieutenant sous Christophe Soglo et plus tard comme major sous le conseil presidentiel.

Ce n'etait pas un politicien. Il n'etait pas l'un des trois grands — Maga, Apithy, Ahomadegbe — qui avaient domine la politique dahomeenne depuis l'independance. C'etait un officier militaire qui avait regarde les politiciens civils detruire le pays.

Et il avait un plan.

Le coup d'etat du 26 Octobre 1972

Le coup d'Etat de Kerekou fut rapide et sans effusion de sang. Il avait appris des coups d'Etat precedents — la vitesse et la surprise etaient essentielles. Le conseil presidentiel fut pris au depourvu. En quelques heures, Kerekou controlait le gouvernement.

Sa premiere annonce fut une promesse : ce coup d'Etat serait different. Les militaires ne rendraient pas le pouvoir aux memes politiciens qui avaient cree le chaos. Kerekou qualifia sa prise de pouvoir de "revolution" — une rupture complete avec le passe.

Pendant les deux premieres annees, Kerekou governa avec prudence. Il consolida son pouvoir, elimina les rivaux et construisit un reseau d'officiers loyaux. Il ne revela pas immediatement sa main ideologique.

Puis, le 30 novembre 1974, il fit son annonce : le Dahomey adopterait le marxisme-leninisme.

La revolution marxiste

L'adoption du marxisme-leninisme par Kerekou etait a la fois ideologique et pragmatique. Le marxisme donnait a son regime un cadre, une legitimite qui depassait la regle militaire. Cela le distinguait des regimes precedents. Cela apportait le soutien de l'Union sovietique et de la Chine.

Les changements arriverent rapidement :

  • Nationalisation : Les banques, l'industrie petroliere et les entreprises cles furent reprises par l'Etat
  • Parti unique : Le Parti de la Revolution Populaire du Benin (PRPB) devint le seul parti legal
  • Changement de nom : Le 30 novembre 1975, la Republique du Dahomey fut renommee Republique populaire du Benin
  • Rhetorique revolutionnaire : Le regime adopta le langage marxiste, mobilisant la jeunesse et les travailleurs dans des comites revolutionnaires
  • Reforme educative : Les programmes scolaires furent reecrits pour mettre l'accent sur l'ideologie marxiste et la liberation africaine

La revolution etait ambitieuse. Elle visait a transformer un pays pauvre et divise en un Etat socialiste capable de se suffire a lui-meme.

La realite du regne marxiste

L'ambition depassait la capacite.

L'economie beninoise, jamais solide, se deteriora sous la nationalisation et le controle etatique. L'industrie de l'huile de palme — la principale exportation du pays — declina. Les entreprises d'Etat furent mal gerees. La corruption, loin de disparaitre, trouva de nouvelles formes.

Au milieu des annees 1980, la Republique populaire du Benin etait en crise. L'economie se contractait. Le gouvernement ne pouvait pas payer les fonctionnaires. Les ecoles et les hopitaux manquaient de ressources. L'enthousiasme revolutionnaire des annees 1970 avait tourne au cynisme.

Kerekou, toujours pragmatique, commença a s'adapter. Le cameleon — son surnom — changea de couleur.

Le cameleon

Le surnom de Kerekou, "le cameleon", capturait son genie politique : la capacite de changer avec le temps tout en conservant le pouvoir.

Quand le marxisme-leninisme etait populaire, il etait revolutionnaire. Quand il echoua, il commença a s'en distancier. En decembre 1989, il abandonna formellement le marxisme-leninisme comme ideologie d'Etat. La Republique populaire du Benin devint simplement la Republique du Benin.

Quand les vents de la democratie balayerent l'Afrique au debut des annees 1990, Kerekou ne resista pas. Il accepta la convocation d'une Conference nationale en fevrier 1990 — une reunion de representants politiques et de la societe civile qui se declara souveraine et depouilla Kerekou de la plupart de ses pouvoirs.

Ce qui arriva ensuite definit l'heritage de Kerekou.

La confession

A la Conference nationale, Kerekou fit quelque chose de sans precedent. Il se tint devant les delegues et confessa. Il reconnut les echecs de son regime — l'effondrement economique, la repression, la souffrance. Il demanda pardon.

Ce fut un moment qui stupéfia le Benin et le monde. Aucun homme fort africain n'avait jamais fait une telle chose. Kerekou, le revolutionnaire marxiste, le dictateur militaire, devint le penitent.

La conference lui accorda l'immunite de poursuites. Il quitta le pouvoir pacifiquement. En mars 1991, le Benin tint des elections libres, et Nicephore Soglo gagna. Kerekou devint le premier president africain continental a perdre le pouvoir par une election democratique.

Le retour

Kerekou ne disparut pas. Il se presenta a la presidentielle en 1996 et gagna.

Son second mandat (1996-2006) fut plus modere. Il embrassa les reformes de marche. Il maintint les institutions democratiques qu'il avait acceptees a contrecœur en 1990. Et en 1999, il fit autre chose de sans precedent : il s'excusa pour le role du Benin dans la traite atlantique.

C'etait un geste remarquable de la part d'un ancien revolutionnaire marxiste — une reconnaissance de responsabilite historique que peu de dirigeants africains avaient faite. Kerekou se tint a Ouidah, a la Porte du Non-Retour, et demanda pardon aux descendants des Africains reduits en esclavage.

Il quitta le pouvoir pacifiquement en 2006 apres avoir servi deux mandats constitutionnels. Patrice Talon lui succeda. La democratie, que Kerekou avait resistee, puis acceptee, et enfin embrasser, avait survecu.

L'heritage du cameleon

Mathieu Kerekou mourut le 14 octobre 2015 a Cotonou. Une semaine de deuil national fut declaree.

Son heritage est profondement conteste. Les critiques soulignent l'echec economique de son experience marxiste, la repression des opposants politiques et la corruption qui prospira sous son regne. Les partisans lui attribuent le merite d'avoir mis fin au cycle des coups d'Etat, d'avoir etabli la stabilite et d'avoir supervis une transition pacifique vers la democratie.

Ce qui est incontestable, c'est que Kerekou fut l'une des figures les plus importantes de l'histoire beninoise moderne. Il governa plus longtemps que quiconque. Il changea le nom du pays, son ideologie et son systeme politique. Et, finalement, il fit quelque chose de rare parmi les hommes forts africains : il laissa partir.


FAQ

Qui etait Mathieu Kerekou ?

Mathieu Kerekou (1933-2015) etait un officier militaire et homme politique beninois qui a gouverne le Benin pendant 29 ans — d'abord comme dirigeant militaire marxiste-leniniste (1972-1991) puis comme president elu (1996-2006).

Quand Kerekou a-t-il pris le pouvoir ?

Kerekou s'est empare du pouvoir par un coup d'Etat militaire sans effusion de sang le 26 octobre 1972, mettant fin a douze annees d'instabilite politique.

Pourquoi Kerekou etait-il appele le cameleon ?

Kerekou a gagne ce surnom pour sa capacite d'adaptation politique. Il est passe du revolutionnaire marxiste au democrate de marche libre, et du dictateur militaire au penitent qui confessa ses echecs a la Conference nationale de 1991.

Kerekou s'est-il excuse pour la traite negriere ?

Oui. En 1999, Kerekou s'est publiquement excuse pour le role du Benin dans la traite atlantique lors d'une ceremonie a la Porte du Non-Retour a Ouidah.

Quel est l'heritage de Kerekou ?

L'heritage de Kerekou est mitige. Il a mis fin au cycle des coups d'Etat du Dahomey et a supervis une transition democratique pacifique, mais ses politiques economiques marxistes ont appauvri le pays et son regime a reprimé la dissidence.


Continuez a explorer l'histoire du Benin : Republique populaire du Benin — l'ere marxiste · Conference nationale 1990 · Coups d'Etat Benin 1960-1972 · Pourquoi le Dahomey a ete renomme Benin

Planifier votre visite

Explorez le Benin faconne par Kerekou — des palais d'Abomey au parlement moderne de Porto-Novo. Notre guide de voyage couvre les sites historiques et politiques du pays.